Il pleut sur Fort-Cochin en cet après-midi de novembre, comme une mousson qui se prolonge inhabituellement dans le temps et l’espace. Ce matin, lors d’une virée dans le quartier juif, Benjamin et ses parents se sont laissés porter d’antiquaire en antiquaire où les arbres coupés, poncés, taillés, sculptés, cirés ou peints devenus malles, tables, portes, statues de st François-Xavier et Christ en croix, éléphant royal et cheval à bascule, boîtes à épices ou à pigments, tabourets et chaises longues coloniales, attendent sous la poussière qu’on les remarque, qu’on les libère de l’espace dans lequel ils sont entassés et confinés, qu’on les touche et les caresse, les sous-pèse et les ausculte de près, et d’encore plus près, qu’on demande leur valeur, qu’on hésite au début puis qu’on se batte un peu pour eux, qu’on les repose d'un geste brusque plein de mépris et d'exaspération, qu’on les laisse là, finalement, au même endroit, de la poussière en moins et nos traces de doigts en plus, mais à ce même emplacement qui est le leur depuis maintenant trois automne, ou plus. Et chaque jour c’est le même cérémonial qui se joue dans les hangars de Jew Town, inlassablement et répétitivement : la porte du hangar est poussée, un filet de lumière pénètre, et avec elle, l’espoir pour ces bouts de bois morts d’être plantés ailleurs, et de poursuivre leur voyage dans le temps.
Cet après-midi, c’est encore du bois décliné que Benjamin et ses parents sont allés voir au Musée Indo-portugais, enfin, j’imagine, puisque moi je reste au calme pour travailler, en regardant par la fenêtre les ronds de rencontre entre l’eau de la pluie et celle du bassin. Les fleurs de Lotus qui m’avaient ravie ce matin se sont maintenant refermées.
samedi 21 novembre 2009
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2 commentaires:
Quel dépaysement, tu t'es surpassée là... Et tout mon respect d'être capable de rester studieuse quand tout te pousse à te distraire...
Bon courage !!
Au fait, Bonjour à tante Hélène et oncle Gérard !!
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