Bonjour!
Vous en avez rêvé, vous avez trépigné, Fée l'a fait : le blog est enfin mis à jour! Et ce, après moultes péripéties : interdiction formelle de se pointer au bureau d'Altran India dans le but d'utiliser internet, expéditions infructueuses dans des cybercafés à l'autre bout de la ville (il faut une pièce d'identité avec photo pour consulter ses mails... allez savoir pourquoi), perte de tous les textes que je vous avais concoctés (effacés par mégarde par Benjamin)...
Mais c'est parfait, je vous ai tenus en haleine, j'ai créé de la demande (j'ai complètement perdu mes lecteurs exaspérés, oui!)et maintenant, laissez-moi vous raconter notre aventure en terre portuguaise... Let's Go...a!
Départ tendu à l'aéroport de Bangalore : depuis la veille, les menaces d'attaques terroristes dans l'espace aérien font la une de tous les journaux. Les principaux aéroports visés : Delhi, Chennai... Bangalore. Voiture et sacs consciencieusement fouillés - du jamais vu en Inde! Je me souviendrai toujours d'une fouille mémorable l'an dernier avec Milan qui portait un énorme sac à dos, un sabre vaguement enveloppé d'un bout de tissus coloré - qui lui servait d'écharpe, jupe, turban, pyjama, serviette de toilette... "Milan, l'ami des bêtes"! - et son éternel bâton (objet très prisé par trois catégories d'individus en Inde 1) la Police, qui s'en sert comme arme de dissuasion massive, 2) les Sadus, comme bâton de pélerin 3) le Milan mêlant ces deux fonctions). Bref, un Milan armé! Et qu'a fait la sécurité? elle s'est appliquée à fouiller les poches de son jean, et l'a laissé passer avec son arsenal sans dire un mot! Fou rire mémorable! - Cette petite digression pour vous illustrer cette manie qu'ont les Indiens de vous faire passer pour un oui ou pour un non sous des dizaines de portiques clignotant et sonores, mais le gars de la sécurité, fier comme Artaban dans son uniforme saillant, vous laissera de toute façon passer. Mais ce vendredi de décembre, c'étaient de véritables fouilles qui s'effectuaient à l'aéroport de la "ville des haricots bouillis".
J'ouvre (encore) une parenthèse : il y a en Inde des milliers d'emplois comme celui la qui ne servent absolument à rien mais qui ont le mérite de réduire le taux de chômage : poinçonneur de ticket de caisse posté à un mètre de la caisse qui guette le client pour lui trouer son sésame (qui ouvre quoi? les dieux (hindous) seuls le savent...) fraîchement imprimé, homme d'ascenseur, qui passe sa journée à pâlir sous le néon d'une boite qui monte et qui descend, et dont la mission est d'appuyer sur les boutons des étages, balayeuse d'autoroute (en Suisse, ça n'étonnerait personne, mais dans un pays où la gestion des déchets est une véritable catastrophe écologique et sanitaire, voir des femmes s'évertuer à nettoyer une autoroute relativement propre laisse songeur...). Et j'en passe.
J'arrête ici ma digression pour de bon: nous rentrons donc dans un aéroport désert, traversé en long, en large et en travers par des militaires armés jusqu'aux dents. Je vous passe les détails du vol où j'ai été exécrable (en temps normal, je suis déjà "relativement tendue" dans les airs, donc je vous laisse imaginer) et les acrobaties automobiles de notre chauffeur téméraire qui ne laissa refroidir ses ardeurs de pilote de F1 à aucun moment, pas même après avoir croisé un camion à l'envers en travers des deux voies... Bref, vous pouvez aisément m'imaginer, la mâchoire en avant, les bras croisés, le sourcil froncé, ne disant pas un mot, et pestant tout bas, entre deux Je vous salue Marie tandis que sur le chemin, une Inde très différente se dévoilait à nos yeux, faite de maisons singulières colorées et imposantes, de dizaines d'oratoires et d'églises blanchies à la chaux, de femmes aux cheveux courts habillées d'un haut et d'une jupe assortie qui, à y regarder de plus près, ressemblaient à s'y méprendre à nos bonnes conchierches parichiennes... C'était ça, nous étions au Portugal. N'oubliez pas que les Portuguais ont été les derniers à effectuer leur décolonisation, et qu'ils n'ont quitté Goa que dans les années soixante! Je me perdais dans mes pensées, m'imaginant ce qu'avait été la vie ici il n'y a pas si longtemps, et, sans m'en apercevoir, je desserrais les dents et commençais à me détendre. Ce processus s'acheva quand nous croisâmes un beau camion coloré et décoré (à l'indienne, je vous en prendrai un en photo un jour, ils sont magnifiques) avec écrit en gros sur le pare-brise, comme une promesse de protection céleste : "St Anthony blesses your way". Ceux qui me connaissent bien savent que je suis la digne fille de ma mère, et que st Antoine a toujours aidé et protégé de façon tangible notre famille. Je savais donc qu'il ne nous arriverait rien, et cessais de culpabiliser sur la promesse non tenue d'éviter les endroits à risques. Il faut dire que nous avions fait fort :1) l'aéroport, 2) Goa, la destination d'occidentaux par excellence, le repère à déchets blancs piercés, tatoués, camés (même moi, j'ai eu des envie de bombes face aux quelques spécimens que j'ai croisés! - alors les intégros...). Enfin, c'était bon, j'avais eu mon signe de Là-Haut!
Les pérégrinations de ma pensée furent interrompues par un calme soudain : nous étions arrivés à destination, et c'est dans cet éden indien que nous allions passer quelques jours mémorables : des huttes en palme installées aux abords d'une plage de sable peu fréquentée où les vaches rêvent à l'ombre de barques de pêcheurs qui attendent leur heure, une cuisine remarquable (Marthe!) faite de calamars, poissons et crevettes grillés, des cocktails qui sentent bon la fin d'après-midi, des couchers de soleil de carte postale, et des levers très l'"ami Ricoré". Trois jours de baignade, de ballades, de canoë, de calme, loin du Goa techno et peckno. L'Avent et la saint Nicolas au soleil, c'était bien aussi!
Retour le lundi à l'aéroport, à la une des journaux locaux : "Les aéroports principaux du pays et la côte ouest, Goa en particulier, menacés" Il est vrai que des hélicoptères surveillaient la côte, et que des militaires sillonnaient parfois les plages... Ironie de l'histoire, c'est certainement pour cela que Goa avait été boudée des touristes, et donc que notre séjour fût si réussi.
mercredi 17 décembre 2008
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